Organisation internationale des migrations

OIM


Sommaire

 

79ème session du Conseil de l’Organisation Internationale des Migrations (Oim): 7 juin 2000 

La 79ème session (extraordinaire) du Conseil de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) s'est tenue, à Genève, le 07 juin 2000. Cette session, consacrée exclusivement à l'examen des demandes d'admission en qualité de membre et d'observateur, a été présidée par l'Ambassadeur de Suède, M. Johan Molander.

Dans ce cadre, plusieurs résolutions ont été adoptées par consensus. Il a été accordé aux Etats suivants :

A cette occasion, Monsieur Mohamed-Salah DEMBRI, Ambassadeur, Représentant Permanent a prononcé un discours dont le texte intégral est ci-joint.

 Il y a lieu d’indiquer que l’OIM compte désormais 76 membres et 49 observateurs. A ce titre, le Directeur Général de cette institution, Monsieur Brunson McKinley, a, dans son intervention, souligné l’importance de l’adhésion de notre pays qui ne manquera pas, selon lui, de renforcer et de donner beaucoup de vitalité dans le dialogue régional en Méditerranée Occidentale.

 


 Intervention de M. Mohamed-Salah Dembri

 Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur Général de l’OIM,

Madame le Directeur Général Adjoint de l’OIM,

Excellences,

Mesdames, Messieurs les Délégués,

 Je souhaite exprimer, au nom du Gouvernement algérien, ma gratitude aux membres du Conseil pour leur vote en faveur de l’admission de mon pays, en qualité de membre, à l’Organisation Internationale pour les Migrations. 

Je le fais avec d’autant plus de plaisir que cela intervient sous la Présidence d’un membre qui est l’Ambassadeur distingué d’un pays (la Suède) qui entretient avec le mien de denses liens de coopération. Et comment ne pas oublier l’action si positive du Directeur Général à la tête de l’OIM, M.McKinley assisté si efficacement par notre sœur le Professeur Ndiaye Ndioro. 

Sans nul doute, cette admission viendra désormais conforter des relations de travail déjà engagées avec une Organisation dont la place et le rôle, bien reconnus, sont essentiels dans le traitement d'un phénomène des plus anciens et des plus complexes de la société internationale : l’expatriation ou la migration.

 Le nombre croissant des membres et des observateurs à l’Organisation atteste, s’il le faut, que ce phénomène doit bien trouver sa place dans l’analyse concertée et dans la responsabilité collective à assumer. 

Monsieur le Président,

 Les causes d’un tel phénomène, multiples et évolutives, sont liées à l’histoire et à des données qui relèvent aussi bien de la précarité des situations socio-économiques que des catastrophes naturelles ou des conflits et des crises politiques et militaires.

 En abordant une réalité humaine aussi sensible que la migration et les flux migratoires, l’on ne saurait écarter aussi les enjeux de la mondialisation qui privilégie les principes d’une libre circulation des biens et des services et qui n’a pas réalisé encore celle des personnes. En effet, serait-il possible de séparer un rapprochement humain inédit dans l’histoire de l’humanité grâce aux progrès constants des technologies de communication qui transcendent les frontières des Etats et l’obligation d’effacer ces restrictions, souvent rigoureuses, à la construction des passerelles humaines indispensables au dialogue harmonieux des cultures et des civilisations ?

Résoudre cette problématique, c’est non seulement prévenir les rapports inégalitaires engendrés par une telle mutation, mais aussi éviter la marginalisation de populations entières des régions les moins favorisées et l’altération de leur image dans les représentations collectives de l’inconscient des peuples.

 Monsieur le Président,

 Comme vous le savez, l’Algérie n’a eu de cesse de poser les problèmes de la libre circulation des personnes dans les différents fora internationaux et en particulier, dans le cadre euro-méditerranéen et celui de l’Organisation de l’Unité Africaine.

 Je conviens que la tâche qui revient à l’OIM dans le contexte actuel n’est pas simple tant il faut sans cesse adapter les approches conceptuelles et les stratégies d’action sur le terrain.

 C’est pourquoi, l’Algérie voudrait attirer l’attention sur le continent africain, dont la vulnérabilité actuelle traduit, à bien des égards, des défis majeurs qui nécessitent, plus que jamais, une coopération solidaire et généreuse.

 Nous ne saurions trop insister sur l’importance que devrait accorder l’Organisation Internationale pour les Migrations au continent africain dans ses divers programmes d’assistance et à travers l’implantation judicieuse de bureaux régionaux. A cet égard, la problématique du développement demeure fondamentale et représente un préalable à toute politique de retour volontaire et de réinsertion, ainsi que l’avait, en 1995, fortement affirmé la première Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone.

 Les propositions et les orientations du Directeur Général et celles de Madame Ndiaye Ndioro lors du précédent Conseil de l’Organisation en novembre dernier, sont, à ce propos, précieuses et mériteraient un suivi concret. La coopération dans ce sens avec l’Organisation de l’Unité Africaine n’en serait que bénéfique.

 Monsieur le Président,

 En 1974, mon pays a arrêté volontairement son exportation de main-d’œuvre résultant d’accords passés avec certains pays européens et a procédé aussitôt à des opérations de réinsertion. Nonobstant, l’Algérie a continué à prendre en charge sa communauté de ressortissants établis légalement en majorité en Europe, mais aussi dans le monde arabe, en Afrique et en Amérique du Nord.

Mais il est utile de rappeler que bénéficiant d’une position géographique stratégique en Méditerranée de carrefour entre l’Europe et l’Afrique, l’Algérie se présente aussi comme un pays d’immigration et de transit. Ceci lui donne des moyens appréciables d’observation et d’analyse des flux migratoires qui peuvent être mis à contribution dans le cadre d’une coopération fructueuse avec l’Organisation Internationale pour les Migrations. A ce titre, elle a toujours œuvré pour une politique migratoire cohérente ayant pour but de maintenir et de renforcer les différents liens entre les émigrés et leur pays, ainsi que la défense de leurs droits légitimes dans les pays d’accueil.

 On conviendra que mon pays se situe aux avant-postes de toute coopération régionale, spécifiquement en Méditerranée occidentale, mise en œuvre par l’OIM.

 Sur le plan bilatéral, plusieurs domaines d’intérêt ont déjà fait l’objet d’un examen bilatéral préliminaire. L’on peut citer, à titre d’illustration, quelques axes de coopération qui pourront bénéficier de la priorité :

 

 On le voit, les jalons d’une coopération constructive sont déjà posés et préfigurent d’un accord en bonne et due forme dans un proche avenir.

 En félicitant tous les pays qui accèdent tout comme nous aujourd’hui à la qualité de membre ou d’observateur de l’OIM, je voudrais, une nouvelle fois, exprimer la disponibilité de l’Algérie pour contribuer pleinement au renforcement de l’OIM.

 

Genève   28-19 novembre  2000

 

Monsieur le Président,

Je voudrais, tout d'abord, au nom de ma délégation, vous exprimer mes chaleureuses félicitations pour votre élection à la présidence de la présente session du Conseil. Nos félicitations vont également aux autres membres élus.

 Qu’il me soit permis de saisir cette occasion pour rendre un hommage particulier à l'Ambassadeur de Suède, M. Johan Molander, pour le travail remarquable accompli durant son mandat à la présidence de la précédente session.

 Monsieur le Président,

 Si le phénomène des flux migratoires est une donnée de l’histoire universelle et que de tous temps des populations ont dû emprunter le dur chemin de l’exil, souvent sans retour, à cause de catastrophes naturelles, de guerres en particulier ; il reste le fait indéniable que ce phénomène, jusque-là limité et localisé, a pris une dimension internationale au 19ème siècle par la colonisation et par la constitution d’empires coloniaux, comme l’atteste pour l’Afrique le Traité de Berlin.

C’est dans ce contexte de relations de type colonial que la migration s’est donc déjà constituée et, si l’on peut dire, institutionnalisée.

 A la suite du " boom " économique qu’ont connu les pays industrialisés dans les années 60 – 70 et de la forte demande, par ces derniers, d’une main-d’œuvre à bon marché, cette tendance s’est accentuée et a été codifiée par de nombreux accords bilatéraux portant sur les travailleurs migrants avec des pays qui venaient tout juste d’accéder à l’indépendance

 Comme on le constate donc, un bref rappel de l’histoire des relations internationales les plus récentes nous permet de mieux appréhender la question de la migration, de mieux situer nos responsabilités communes et de mieux organiser nos passerelles de coopération et de solidarité.

 Monsieur le Président,

 La fin de la guerre froide au plan politique et le triomphe de l’économie de marché au niveau international ont induit par ailleurs un double phénomène dans les pays en développement : d’une part, la multiplication de conflits politiques et militaires, souvent d’origine ethnique ou de revendications territoriales ; et d’autre part, de graves crises économiques dues à la nécessité pour ces pays de s’adapter aux lois du marché, en passant, en particulier, par d’impitoyables ajustements structurels générateurs de paupérisation et de chômage touchant le plus souvent les parties les plus vulnérables de la population.

 C’est un lieu commun que d’affirmer, à ce niveau, que ces deux paramètres ont contribué à donner au phénomène des migrations, tant au niveau interne qu’international, une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité, aggravée par les effets pervers qui apparaissent ça et là dans le monde, celui des trafics d’êtres humains, celui de la force de travail exploitée dans des conditions de clandestinité et de nouvel esclavage

 Monsieur le Président,

 Pour trouver le bon remède, il faut qu’un médecin établisse le bon diagnostic. Pour essayer de gérer rationnellement le phénomène des flux migratoires, qui affectent dans le même temps les pays d’origine, les pays de transit et les pays d’accueil, cette brève analyse des causes profondes des migrations contemporaines nous a paru nécessaire.

 Et c’est dans cet état d’esprit que nous saluons et encourageons l’action que mène l’OIM, dont le Directeur Général, le distingué Brunson McKinley, a affirmé, en mai 2000, que " l’OIM a pour raison d’être d’aider les migrants dans la satisfaction de leurs besoins et d’assister les gouvernements dans la gestion des flux migratoires pour le bien de tous… ". Nous faisons, bien évidemment, nôtre cette profession de foi, et encourageons l’OIM à développer davantage sa coopération avec les pays concernés par le phénomène des migrations, en particulier les pays de l’hémisphère Sud qui sont demandeurs, du fait de leur faibles moyens, par l’intermédiaire des six secteurs de services que lui confère son mandat.

 Dans cette optique, l’Algérie souhaite faire progresser la prise en compte de l’expertise et de la logistique de l’OIM où cela est pertinent et en particulier, dans les agendas des principales agences du système des Nations Unies ou des institutions internationales. Nous pensons, notamment, au prochain Sommet de l’OUA qui se tiendra en Zambie en 2001 et à la prochaine conférence mondiale contre le racisme qui se tiendra en Afrique du Sud, la même année. Nous sommes d’avis, également, que l’OIM doit trouver les voies et moyens de s’impliquer davantage dans le processus de l’OMC qui privilégie la libre circulation des biens et services en occultant totalement la libre circulation des personnes qui est, faut-il le rappeler, ce que l’OIM elle-même défend en tant que " droit à l’émigration ".

 Monsieur le Président,

 La vulnérabilité du continent africain sur la question de l’émigration est connue et les efforts à accomplir pour en atténuer l’ampleur constituent de véritables défis, non seulement pour les africains eux-mêmes, mais pour la communauté internationale dans son intégralité, pays développés et institutions internationales compris. A cet égard, il est clair que la problématique du développement pour les pays africains demeure incontournable et se présente comme un préalable à toute politique de retour volontaire et de réinsertion.

 S’agissant de l’action que l’OIM peut mener en direction de l’Afrique, il nous semble que des programmes d’aide logistique plus focalisés doivent être mis en branle en direction des pays ou des régions les plus touchés par les effets pervers du phénomène. Nous appuyons les propositions de l’OIM qui indiquent que ceci pourrait se faire en coopération avec l’OUA et avec les organisations sous-régionales africaines. Cela signifie que l’OIM et l’OUA doivent tenter de mettre au point, dans un premier temps, un accord viable portant sur un ordre du jour régional ou par pays. Le mémorandum d’accord signé en 1998 entre les deux organisations nous semble offrir un premier cadre approprié pour une telle coopération.

 S’agissant de la nécessaire coopération entre les pays du Nord et l’Afrique, il nous paraît que des cadres institutionnels existent qu’il s’agira de maximiser et d’élever en termes d’objectifs à la hauteur de la tâche qu’exige la gestion des flux migratoires. Nous pensons, notamment, au cadre qu’offre l’EURO-MED. Ceci afin d’éviter des situations traumatisantes à l’exemple des 101 maliens expulsés par charters ou des milliers d’africains qui trouvent la mort dans le détroit de Gibraltar, essayant d’atteindre " l’Eldorado européen ".

 Pour ce qui est des pays africains, il nous semble primordial que ceux qui n’ont pas ratifié la Convention n° 97 de l’OIM, à savoir " la Convention concernant les travailleurs migrants ", ni adopté d’autres recommandations portant sur le droit des migrants et sur ceux de leurs familles, le fassent. La ratification de la convention des Nations Unies pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles doit, à notre sens, être à l’ordre du jour. Pour sa part, l’Algérie œuvre en ce sens.

 L’arrivée de nouveaux membres de l’OIM, ces dernières années, notamment africains, prouve si besoin que désormais les pays du continent ont enfin pris conscience de la nécessité et de l’importance d’une prise en charge rationnelle et commune du phénomène des flux migratoires qu’ils vivent.

 Monsieur le Président,

 L’Algérie a arrêté en 1974, son émigration, résultante pour l’essentiel d’accords de main d’œuvre avec certains pays européens. Elle continue pour autant à gérer un potentiel significatif de ressortissants à l’étranger, principalement en Europe, mais aussi dans le monde arabe, africain et américain. A ce titre, elle a toujours œuvré pour une politique migratoire cohérente ayant pour but de maintenir et renforcer les différents liens entre les émigrés et leur pays, ainsi que la défense des droits légitimes de ceux-ci dans les pays d'accueil.

 ur un autre plan, sa position géo-stratégique en Méditerranée, carrefour entre l'Afrique et l'Europe, fait d'elle un pays d'immigration et de transit.

 Partant de là, la coopération avec l'OIM s'inscrit sur un double plan : bilatéral et régional.

Au niveau bilatéral, depuis l'adhésion de l'Algérie, en qualité de membre depuis juin 2000, une nouvelle dynamique caractérise les relations entre les deux parties. La récente visite en Algérie, du Directeur Général, M. Brunson MacKinley, en est une illustration. Si un accord de coopération et la mise en place d'une représentation locale de l'OIM à Alger devraient intervenir dans un proche avenir, il reste que les domaines de coopération identifiés à l'issue de cette visite jettent les bases d'échanges fructueux

Au niveau régional, l'Algérie est partie prenante dans toute coopération régionale dans le cadre de la stratégie développée par l’OIM en Méditerranée occidentale. Son expérience et ses moyens appréciables d’observation et d’analyse des flux migratoires peuvent être mis à contribution dans le cadre des échanges avec l'OIM.

 Monsieur le Président,

 L'Algérie est désormais plus impliquée dans les activités de l'OIM et ses engagements à l'avenir n'en seraient que plus grands.

 Monsieur le Président,

 Je ne saurais terminer sans parler ici de l’effroyable condition humaine qui existe aujourd’hui dans les territoires palestiniens occupés. Israël, puissance occupante, dénie au peuple palestinien les droits les plus élémentaires de la dignité humaine et viole chaque jour, en toute impunité, au vu et au su de toute la communauté internationales, les dispositions de la 4ème Convention de Genève.

 La C.D.H, en sa session extraordinaire, a pris position et l’ECOSOC l’a corroboré. Il appartiendra aussi aux présentes assises de l’OIM de s’occuper de la question et de condamner avec force la politique israélienne d’enfermement et de blocus qui affame la population palestinienne la paupérise et la prive des moyens de sa subsistance quotidienne.

 Je vous remercie.

 

 

   


Intervention de S.E.M. Mohamed- Salah DEMBRI

Ambassadeur, Représentant Permanent à la 86ème session du Conseil

De l’Organisation Internationale pour les Migrations.

 

 

Monsieur le Président,

 

 

Je voudrais tout d’abord féliciter tous les membres du Bureau pour leurs élections à la présente session du Conseil de l’OIM. 

Permettez moi de faire, en premier lieu, une déclaration au nom du groupe africain. 

Le groupe africain tient à renouveler son attachement à l’OIM et à faire part de sa considération pour le travail qu’elle entreprend. A force de détermination et de sérieux,  notre organisation s’est imposée en tant que partenaire incontournable dans le traitement des questions liées aux migrations internationales. 

Certaines questions importantes inscrites à l’ordre du jour de notre organisation ont fait l’objet d’un examen attentif de la part du groupe africain. 

Tout d’abord sur le point relatif aux arriérés de contributions dus par certains Etats membres, le groupe encourage vivement ces pays à s’acquitter de leurs arriérés car ils constituent nécessairement un manque à gagner au budget de l’organisation qui a besoin de toutes ses ressources pour faire face aux multiples activités inscrites à son programme. 

Parallèlement à cet appel qu’il lance aux pays ayant accumulé des arriérés de paiement, le groupe africain estime que l’OIM doit examiner cette question avec beaucoup d’attention en établissant des canaux de dialogue et de concertation pour tenter de comprendre au mieux les raisons pouvant amener certains pays à accuser un retard dans le versement de leurs contributions statutaires. 

C’est dans cet esprit que l’Algérie, en sa qualité de coordonnateur du groupe africain, participe aux travaux des Amis du Président sur les arriérés de contribution car nous sommes persuadés que seul le dialogue peut nous conduire au règlement de cette délicate question. 

Dès lors, il serait extrêmement dangereux de vouloir établir des critères ou des paramètres qui s’inscriraient dans une logique d’exclusion alors même que l’OIM  aspire à être une organisation universelle  et que nous ne cessons de répéter que la complexité des questions liées à la migration nécessite des approches globales dans un monde globalisé.

Cette question sensible nous renvoie directement à la nature et à la forme d’organisation que nous voudrions avoir dans le futur. 

Concernant le budget 2004 nous préconisons, à tout le moins, une croissance réelle de sa partie administrative qui tiendrait compte uniquement du taux d’inflation en cours en Suisse en attendant que nous puissions avoir un consensus sur le pourcentage. 

D’autre part, le Secrétariat de l’OIM est invité à rationaliser ses dépenses administratives en vue d’une meilleure rationalisation des fonds. 

Quant à la partie opérationnelle du budget, le pourcentage alloué à l’Afrique gagnerait à être revu à la hausse de manière substantielle.   Le groupe encourage vivement l’OIM à multiplier ses activités sur le continent africain qui est particulièrement affecté par les questions liées au flux migratoires. 

Quant à l’éligibilité au Fonds 1035, le groupe africain est unanime à considérer qu’il ne doit pas faire l’objet de conditionnalités. Les pays éligibles à ce fonds, en l’occurrence les pays en voie de développement et de transition, doivent pouvoir bénéficier de cette disposition en dehors de toute autre considération. 

Le groupe apprécie les efforts en cours aux fins d’améliorer le fonctionnement de cette disposition  et considère que le processus d’attribution de financements de projets au titre de ce fonds doit se faire dans la transparence la plus totale et selon des critères d’éligibilité agréés par tous. 

A propos des discussions en cours relatives à  l’avenir institutionnel de l’OIM, le groupe africain estime  que  l’organisation est à la croisée des chemins et doit se définir dans le système international.  Le groupe soutient l’option du « statu quo » amélioré. L’OIM est encouragée à établir un dialogue avec l’Organisation des Nations Unies pour définir d’un commun accord de nouvelles relations. 

D’autre part, et suite à la décision du Sénégal de présenter la candidature de Mme Ndioro Ndiaye, Directeur Général Adjoint de l’OIM pour un second mandat à ce poste, le Sommet des Chefs d’Etat africain qui a eu lieu à Maputo du 10 au 12 juillet 2003, a décidé de soutenir comme candidate de l’Afrique, Mme Ndioro Ndiaye. Mme Ndiaye a fait preuve de beaucoup d’engagement dans sa mission au sein de l’OIM et contribue de manière significative à la qualité des activités développées par cette organisation. Le groupe africain invite tous les Etats membres à se joindre à lui dans le soutien à cette candidature.

 

Permettez moi, à présent, M. le Président, de prononcer une déclaration au nom de la délégation algérienne. 

 

Monsieur le Président,

 

Ma délégation voudrait tout d’abord, souhaiter la bienvenue aux nouveaux membres qui viennent renforcer l’OIM. Il s’agit là d’une preuve tangible de la crédibilité que gagne sans cesse cette organisation et la reconnaissance du travail qu’elle accomplit dans le domaine de la migration, dossier au demeurant complexe et doté de multiples ramifications.  

Pour cela,  nos vives félicitations vont à la délégation de la République de Malte pour son accession à l’OIM. L’Algérie entretient d’excellentes relations avec ce pays. Nous faisons tous deux partie du pourtour  méditerranéen et partageons, à ce titre, de nombreuses caractéristiques qui font la richesse de cette aire géographique. 

Il faut souligner que Malte est déjà familière avec les questions suivies par l’OIM puisque ce pays est partie prenante au dialogue des 5 + 5 sur les questions migratoires en Méditerranée occidentale. Son adhésion à l’OIM contribuera sans nul doute à intensifier ce dialogue au bénéfice du traitement des questions migratoires dans la région. 

Ma délégation se félicite d’autre part de l’accession de la Ligue des Etats Arabes et de l’Organisation de la Conférence Islamique en qualité d’observateurs à l’OIM. Ces organisations auquel mon pays appartient  pourront bénéficier d’une part de la connaissance et de l’expérience acquises par l’OIM dans le domaine de la migration et apporter d’autre part, les approches  y relatives de ces deux regroupements. Cela illustre de surcroît l’approche régionale qu’encourage l’OIM car plus à même d’identifier les caractéristiques et les situations liées à chaque région et de développer les cadres de  coopération indispensables pour leur meilleure prise en charge. 

Je souhaite également la bienvenue aux organisations non gouvernementales qui ont sollicité le statut d’observateur auprès de l’OIM, l’American Jewish Joint Distribution Committee et le Service Jésuite des Réfugiés. Les associations qui oeuvrent sur le terrain ont une expérience qui peut grandement contribuer à une meilleure compréhension, de notre part, des réalités migratoires et des conséquences qu’elles peuvent induire, surtout quand leur action sur le terrain s’exerce au profit de toutes les diasporas sans exclusive.

 

Monsieur le Président,

 

Les flux migratoires sont une constante dans l’histoire de l’humanité. Nous pouvons tous dire sans nous tromper que chacun de nous est le fruit de la migration. Ces mouvements de populations sont le produit de l’histoire et de la géographie et constituent une des plus grandes richesses de notre monde car ils ont certainement permis à la société humaine dans son ensemble, et à travers les ages, de générer ce que l’humanité recèle de meilleur en elle dans toute sa diversité. 

Les flux migratoires ont ainsi constitué une grande source de richesse et de travail. 

Dans un passé récent, les pays développés ont grandement bénéficié de ce capital humain si l’on se réfère aux appels de main d’œuvre lancés après les deux guerres mondiales et le boom économique des années 60. 

Les raisons de la migration peuvent aussi être d’origine politique, religieuse ou culturelle et liées aussi à des conflits internes, à des processus belligènes … 

Mais en règle générale, le facteur prédominant, aujourd’hui, reste les déséquilibres du développement et de l’échange entre les différentes régions du monde. 

Aujourd’hui, le phénomène de la globalisation qui était censé améliorer la situation grâce à l’essor d’un développement pour tous et d’une meilleure répartition des richesses de ce monde, semble développer d’autres contradictions sans diffuser les correctifs attendus puisque les disparités et  le fossé entre pays pauvres et pays riches s’accroissent de façon tangible.  

Depuis la réunion de Cancun, les problématiques inhérentes à l’accès au marché (coton, sucre …) et à un développement solidaire semblent marquer le pas. 

Dans un tel contexte, le thème retenu pour  cette session du Conseil «  La Migration dans un monde globalisé » revêt toute son importance. En effet, cette ligne de fracture entre les pays du Nord et les pays du Sud a des retombées certaines sur le phénomène de la migration et corrobore le schéma des tendances migratoires qui n’a pas connu de modifications notables depuis plusieurs décennies et fait toujours appel à la même grille de lecture. 

Si, selon les chiffres de l’OIM, le nombre des migrants dans le monde a plus que doublé entre 1965 et 2000 (il est passé de 75 à 175 millions de personnes), il convient de relever que 70 000 africains de niveau universitaire quittent leur pays chaque année pour s’installer dans les pays du Nord, ajoutant ainsi aux difficultés économiques, les pertes de la matière grise essentielle pour le développement du continent. 

Au vu de ce développement inégal et des conséquences qu’il induit pour les pays du sud, il devient urgent de développer des mécanismes de solidarité et de mise à niveau à même de jeter les bases d’une mondialisation bien comprise, porteuse de réels espoirs de prospérité partagée.

 

Monsieur le Président,

 

Les flux migratoires génèrent nécessairement des problématiques et des situations  liées à tout mouvement de populations. Leurs retombées sont perceptibles aussi bien dans les pays d’accueil que de destination. 

Une prise en charge efficace de ces questions implique nécessairement une coopération internationale multidimensionnelle loin de tout réflexe policier et dans la transparence la plus totale.  

Nous nous félicitons à cet égard de l’initiative prise par l’OIM de rassembler le Groupe de Genève sur la Question Migratoire qui regroupe les agences et institutions dont les activités sont liées à la migration  car il est certain que la solution à ces problèmes est globale. 

Ces différentes institutions apportent, chacune à leur manière, en fonction de leur mandat respectif, une  précieuse contribution à la gestion des phénomènes migratoires qu’il conviendrait de renforcer car leurs tâches sont complémentaires. 

A l’ère de la globalisation, il est en effet irréaliste de vouloir ignorer la circulation des personnes alors que l’on est dans un processus de libéralisation des produits, des capitaux et de l’information. 

Dans ce même contexte, les thèmes développés au sein de l’OIM relatifs aux Droits des migrants et Migration et Développement constituent autant de sujets de réflexions à poursuivre car ils nous permettent de dépasser la simple gestion des flux migratoires pour  amorcer une analyse destinée à intégrer la question migratoire dans une perspective d’intégration et de développement économique. 

De même, le dialogue sur la politique migratoire internationale et le programme sur les politiques et la recherche en matière de migration mis en place par l’OIM sont des sujets qui doivent retenir toute notre attention. Le dialogue sur la politique migratoire internationale ne doit pas rester au simple stade des intentions ou de la concertation mais doit être accompagné d’actions concrètes.

En abordant toutes ces questions, l’OIM devrait être très attentive à la préservation de l’image du migrant afin d’éviter les amalgames et les clichés dangereux porteurs de risques d’incompréhension et de suspicion fort dommageables à la compréhension entre les peuples.

 

Monsieur le Président,

 

L’OIM a su s’adapter à la complexité de la problématique migratoire en développant des réflexions sur les différents thèmes que je viens d’évoquer. Elle est parvenue à s’imposer sur la scène internationale en tant que partenaire incontournable sur la question des migrations. Cet effort est conduit  par le Directeur Général de l’OIM, M. Brunson Mc Kinley auquel je tiens à rendre hommage pour l’action qu’il mène à la tête de notre organisation.

Dans cette tâche, M. Mc Kinley est secondé, de manière efficace, par le Directeur Général adjoint, Mme Ndioro Ndiaye. Elle- même apporte une précieuse contribution  à cette dynamique d’universalisation de l’OIM.

En vertu de la décision prise par le Sommet africain tenu à Maputo en juillet 2003,  mon pays soutient donc la candidature de Mme Ndiaye pour un second mandat au poste qu’elle occupe.

 

Monsieur le Président,

 

L’OIM, comme je l’ai souligné au début de mon intervention accorde, ces dernières années, une importance particulière aux processus régionaux en tant qu’espace privilégié de concertation et de dialogue entre des pays limitrophes qui font face à des problèmes similaires relatifs à la migration.

 C’est dans ce cadre que s’inscrit les réunions du Forum pour le Dialogue en Méditerranée Occidentale ce que l’on appelle plus communément le Dialogue des 5+5.Ce processus a été marqué par deux réunions jusqu’à présent. La première s’est tenue à Tunis en octobre 2002 qui a donné lieu à une Déclaration commune dans laquelle les parties ont identifié un certain nombre de mesures à même de mieux prendre en charge les problèmes liés à la migration et à consolider leur coopération en la matière.  La deuxième réunion a eu lieu à Rabat au mois d’octobre de cette année qui s’est soldée par l’adoption d’un Plan d’action pour la mise en œuvre de la Déclaration de Tunis.

 L’Algérie accueillera la prochaine réunion ministérielle prévue au cours de l’année 2004.

 Ce forum offre un cadre propice à l’examen des aspects liés aux phénomènes migratoires dans la région qui a toujours été un lieu de passage et de brassage des populations qui font précisément sa richesse.

 

Monsieur le Président,

 S’agissant des relations bilatérales entre l’Algérie et l’OIM, nous sommes heureux de constater que cette coopération ne cesse de gagner en intensité. J’avais déjà annoncé la signature d’un accord de siège entre l’OIM et l’Algérie. Les préparatifs en vue de l’ouverture de ce bureau sont en bonne voie. Cette coopération est d’ores et déjà perceptible à travers un certain nombre de projets sur les migrations rurales dans différentes régions du pays ainsi que le programme « Migration de retour, de transit, et Sida en Algérie ».

 Il existe également un projet de création d’un observatoire de données sur les dynamiques migratoires en Algérie. Mon pays, en tant que carrefour entre l’Afrique et l’Europe est au centre d’une dynamique migratoire aux multiples facettes.

 Je vous remercie.