Organisation Mondiale du Commerce : OMC


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Allocution de M. Abdelkrim HARCHAOUI

Ministre des Finances de l'Algérie à la 26ème réunion   du Groupe des 77

Président du Groupe des 24

Genève le 7avril 1999

 

 Monsieur le Président

 Honorables Délégués

 Mesdames et Messieurs

Je  voudrais tout d'abord, vous remercier au nom du Groupe des 24, que j'ai l'honneur et le privilège de présider, de m'avoir invité à participer à cette importante rencontre qui nous offre une autre opportunité pour examiner les questions de développement dans le Monde et de leurs incidences, particulièrement durant cette période, caractérisée par une multitude de problèmes délicats, liés à la croissance, à l'endettement, au chômage et à la pauvreté.

 Permettez-moi de préciser que durant ces dernières années, suite à la fragilisation de la situation économique de nombreux pays, aux problèmes de pauvreté et d'emploi, auxquels est venue s'ajouter la crise financière dans certaines régions et qui a affecté sérieusement l'économie mondiale, le Groupe des 24 a intensifié ses travaux de recherche et de concertation sur les questions monétaires et financières internationales, en relation avec les questions du développement et de la protection sociale.

 Comme l'attestent les communiqués émis après ses réunions périodiques, le Groupe des 24 s'est toujours concentré sur les contraintes économiques et sociales réelles auxquelles sont confrontés de nombreux pays en développement, et s'est efforcé de formuler des propositions de solutions pertinentes, qui sont généralement admises par les Institutions Financières Internationales.

 Mais force est de reconnaître que la complexité née de la globalisation et de l'interdépendance des marchés, nécessite des recherches, des analyses et des actions concertées pour que ce processus soit véritablement un facteur contre la pauvreté, de développement et de prospérité pout tous les pays.

C'est pourquoi, le Groupe des 24, grâce au soutien du Groupe des 77, et de certains pays qui se sont intégrés à notre système de concertation, a vu sa position considérablement renforcée, il est devenu, une force de proposition de solutions réalistes.

 Par ailleurs, dans le cadre d'une responsabilité collective, la concertation et la coopération entre pays développés et pays en voie de développement et la contribution des Institutions Financières Internationales demeurent des domaines à promouvoir au même titre que la solidarité à l'égard des pays pauvres endettés qui exige des mesures concrètes d'encouragement de l'investissement et d'allégement de la dette.

 Le problème de l'endettement devient endémique, malgré toutes les initiatives prises en vue de sa réduction, et demeure un défi pour tous.

 Le fardeau du service de la dette pèse lourdement sur les économies des pays en développement et continue d'être une contrainte majeure, alors que les ressources consacrées au service de la dette pourraient être utilisées au profit de l'investissement et de la croissance.

 Il est à relever qu'en comparaison avec d'autres régions en développement, la dette de l'Afrique est presque deux fois plus importante globalement.

 Ainsi les mesures concrètes et significatives d'allégement de la dette déjà arrêtées, devraient être mieux prises en charge à travers, notamment, une adaptation des conditions de l'initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés, dont les mécanismes s'avèrent lents et insuffisants.

 La situation de nombreux pays à revenus intermédiaires très endettés, devient également inquiétante et appelle à une prise en charge spécifique de leurs problèmes, à travers, entre autres des mesures de réduction de la dette et d'encouragement de l'investissement.

 Enfin, concernant la Facilité d'Ajustement Structurel    Renforcée, malgré le fait qu'elle ait contribué de manière positive aux efforts d'ajustement de nombreux pays, une adaptation des conditionnalités, une attention particulière aux aspects sociaux et la mise en place de politiques à même de soutenir une croissance durable et faire reculer la pauvreté, devraient constituer les objectifs prioritaires à atteindre.

 Aujourd'hui personne ne peut ignorer, ni cacher la gravité de la situation économique et sociale dans de nombreux pays.

On assiste à un accroissement des initiatives en matière d'aides humanitaires et d'aides sociales, qui, certes, sont à encourager et à améliorer pour soulager les millions d'être humains marginalisés.

 Mais ces mesures ne peuvent avoir une incidence durable et significative si elles ne sont pas complétées par des programmes d'investissement et de financement concrets, à fort contenu d'emplois.

En l'absence de solutions réalistes, axées sur le soutien de la croissance, il ne peut y avoir de réponse aux problèmes de la pauvreté et de protection sociale.         

 Ces préoccupations se trouvent ces derniers temps compliquées et exacerbées par les dérèglements et les comportements relevés sur les marchés des capitaux et qui ont causé de graves préjudices à de nombreux pays et à l’économie mondiale.

 Il s’est maintenant avéré, pour ceux qui avaient des doutes, que la libéralisation des mouvements de capitaux et la globalisation n’entraînent pas nécessairement croissance, développement et stabilité;  s’il est vrai que des avantages tangibles ont pu être générés par le processus de mondialisation et que nombreux sont les pays en développement qui ont vu leur situation économique et financière s’améliorer, il n’en demeure pas moins que les chocs vécus depuis 1997, et leurs incidences ont vite fait de remettre en cause ce processus qui comporte des risques capables d’annihiler tous ses avantages.

 La volatilité des capitaux privés, le non-respect des normes prudentielles par les systèmes bancaires et l’absence d’un système efficace de supervision des marchés financiers internationaux et des mouvements de capitaux, sont en fait des facteurs d’instabilité et de risque qui, désormais nourriront les plus fortes appréhensions des pays en développement vis-à-vis du processus de mondialisation.

 Suite à la crise du Sud-Est asiatique et à sa propagation à d’autres pays, que les analystes considèrent comme la plus grave de a période après Bretton-Woods, les efforts consentis par de nombreux pays en développement au prix de lourds sacrifices ont été remis en cause et jamais les perspectives de développement économique de groupes de pays n’ont changé aussi rapidement et radicalement.

  La baisse de la croissance et du commerce mondial, est déjà largement supportée par les pays en développement, et confirme le caractère structurel de la crise.

 Aussi, faut-il constamment renouveler les appels aux pays industrialisés pour conduire des politiques économiques expansionnistes et assouplir leurs conditions monétaires afin de permettre un retour de la confiance sur les marchés financiers internationaux et de renforcer les conditions de la stabilité de l’économie mondiale au cours des prochaines années.

 En matière de financement de l’investissement, la situation, comme vous le savez, reste préoccupante, ainsi, les flux financiers à long terme vers les pays en développement qui ont presque atteint 340 Milliards de dollars en 1997, ont baissé en 1998 à 275 Milliards de dollars. La chute la plus sensible depuis 1992, concerne les flux en provenance des marchés internationaux de capitaux qui ne se sont plus que de 72 Milliards de dollars, soit une diminution de presque 50%. Enfin, l’aide publique au développement se situe en 1998 à hauteur de 32 Milliards de dollars, ce qui constitue, il est nécessaire de le rappeler, à peine le tiers du niveau de 1990, en termes réels.

 Aujourd’hui, le principal problème auquel reste confronté le système financier international, réside dans la manière de prévenir et d’endiguer, le cas échéant, les distorsions et les déséquilibres engendrés par les mouvements de capitaux incontrôlés et indésirables, souvent à caractère spéculatif.

 Il est primordial et même urgent, de développer et de diffuser des règles et des pratiques saines et transparentes sur les marchés des capitaux, et qui doivent s’appliquer aussi bien aux créanciers et détenteurs de capitaux, qu’aux bénéficiaires de ces apports, tout en assurant un renforcement rapide de l’architecture du système monétaire et financier international.

 A ce niveau, il convient de noter qu’il ne suffit pas d’accepter et d’appliquer les principes de transparence et de surveillance du système financier international, mais de veiller aussi à une allocation des ressources en fonction des exigences de développement et des déséquilibres régionaux, selon des mécanismes appropriés d’orientation des flux de capitaux en plus des mesures d’allégement de la dette des pays pauvres.

 L’augmentation récente des quotes-parts du FMI et les nouveaux arrangements d’emprunts, que le Groupe des 24 a constamment recommandé, dégagent des ressources supplémentaires évaluées à 90 Milliards de dollars et devraient permettre le financement de nouvelles facilités. 

Nous souhaitons que ces nouvelles facilités profitent aux pays en développement, et que le Groupe des 7 engage des initiatives pertinentes, capables de tendre vers " plus d’humanité dans l’économie mondiale ", comme cela a été affirmé lors de sa réunion du 30 octobre 1998.

 Le fait que les Institutions Internationales et le Groupe des 7, aient reconnu la nécessité pour les pays en développement d’opérer une libéralisation des mouvements des capitaux de manière progressive et maîtrisée, tel que proposé par le Groupe des 24, est déjà en soi, l’expression de la volonté de tous de tenir compte des réalités propres à chaque pays. Ceci limitera les risques au niveau des marchés des capitaux et permettra à chaque pays d’opérer une ouverture maîtrisée de son économie.

 Enfin, une meilleure perception du risque pays, et une volonté réelle de la Communauté Internationale pour actionner une plus juste répartition des mouvements de capitaux et des investissements dans le monde, permettront de soutenir et de développer des activités économiques à fort contenu d’emplois.

 C’est là, à notre sens, le meilleur moyen pour améliorer les avantages et réduire les risques de la mondialisation d’une part, et surtout d’apporter des éléments de réponses perceptibles aux problèmes de développement, de pauvreté et de protection sociale d’autre part. 

Je voudrais rappeler encore une fois que nous vivons aujourd’hui une période exceptionnelle marquée par l’accélération du cours de l’histoire monétaire et financière mondiale. La complexité des problèmes nous interpelle sur l’efficacité des instruments traditionnels d’analyse et nous invitent par-là même à explorer de nouvelles voies.

 A cette fin, le Groupe des 24 continuera à mener de façon intense ses recherches et ses analyses en vue de contribuer efficacement au règlement des problèmes monétaires et financiers internationaux, au service d’un développement économique et social équilibré dans le monde.

 Il ne s’agit pas pour nous d’arrêter le cours naturel des choses, mais d’envisager des solutions cohérentes, à l’avantage des pays démunis et ne pas les laisser dans le fossé, car que signifie une croissance, qui marginalise trois quart de la population mondiale ?

 


47ème session du Conseil du Commerce et du Développement:

Genève, du 9 au 20 octobre 2000.

La 47ème session du Conseil du Commerce et du Développement (CCD) de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) s’est tenue, à Genève du 09 au 20 octobre 2000.

 Composition du Bureau : 

  • Président : Colombie,
  • 10 vice-présidents : Italie, Sénégal, Bulgarie, Japon, Ouganda, Inde, Argentine, Etats-Unis d’Amérique, Fédération de Russie et Turquie,
  • Rapporteur : Thaïlande.

 L’ordre du jour de cette session a porté sur : 

  • progrès de l’application du programme d’action pour les années 90 en faveur des pays les moins avancés (point. 4) ;
  •  contribution de la CNUCED à l’application du nouveau programme d’action des Nations Unies pour le développement de l’Afrique dans les années 90 (point.5).

    Il est à rappeler que ces deux thèmes figurent au titre du chapitre premier du Plan d’Action de Xème CNUCED.

  • le " Rapport sur le commerce et le développement, 2000 : Croissance et déséquilibres de l’économie mondiale ", préparé par le Secrétariat de la CNUCED, a suscité également un intérêt particulier au cours du débat animé, autour de ce thème, par des économistes et universitaires de renommée,
  •  mise en œuvre du paragraphe 166 du Plan d’Action de Bangkok relatif à l’établissement d’un organe consultatif auprès du CCD pour le renforcement des capacités des pays en développement en matière d’assistance technique et de formation.

Progrès de l’application du programme d’action pour les années 90 en faveur des pays les moins avancés (PMA) :

 L’examen du rapport sur cette question fait ressortir les principaux éléments ci-après : 

  • les résultats obtenus dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme demeurent très en deçà des attentes de ces pays dont le nombre a augmenté au cours de cette dernière décennie ;
  • Les conditions socio-économiques de la plupart des PMA ont continué à se dégrader du fait de l’absence de la croissance économique et du poids de l’endettement extérieur ;
  • Le processus préparatoire pour l’organisation de la 3ème conférence des Nations Unies sur les PMA (Bruxelles, 14-20 mai 2001) doit tenir compte dans l’élaboration du programme d’action de cette conférence des points de vues exprimés par les pays concernés quant à une démarche à même de prendre en charge les problèmes de développement des PMA ;

Dans ce cadre, il est à signaler que l’Union européenne financera à hauteur de 7 millions d’Ecus les dépenses occasionnées par ladite conférence.

L’ensemble de ces points a fait l’objet de conclusions concertées (copie jointe). La Belgique, pays hôte de ladite conférence, a assuré la Présidence du Comité de Session I au sein duquel ces conclusions ont été négociées.

 Contribution de la CNUCED à l’application du nouveau programme d’action des Nations Unies pour le développement de l’Afrique dans les années 90 :

 Au titre de ce point, le comité de session II, présidé par l’Egypte, a adopté, par consensus, des " conclusions concertées  " dont la teneur se résume comme suit : 

  • nécessité de la réalisation d’un taux de croissance annuelle de 6% pour permettre aux pays africains d’atteindre une croissance économique soutenue à même de réussir le pari du développement et l’éradication de la pauvreté. A noter que le taux de croissance enregistré durant les années 1990 n’était que de 2,4% seulement ;
  • l’urgence de prendre des mesures adéquates pour combler cet écart par l’augmentation des flux des capitaux étrangers, y compris le volume de l’aide publique au développement (APD), tout en tenant compte de la diversité des situations des pays africains et de leur capacité d’absorption des ressources allouées ;
  • les efforts déployés par les pays africains eux-mêmes visant la création d’un environnement propice aux investissements (réformes institutionnelles et programmes de stabilisation économique) n’ont pas donné les résultats escomptés en termes d’attraction des investissements étrangers directs ;
  • l’instauration de l’Etat de droit et l’élaboration de politiques macro-économiques judicieuses ont été considérées comme étant des conditions préalables pour la création d’un tel environnement ;
  • les facilités financières accordées dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres les plus endettés (HIPC) ne doivent en aucun cas se faire au détriment de l’APD, qui demeure, par ailleurs, une des sources importantes de financement extérieur pour les PMA notamment.

 Le " Rapport sur le commerce et le développement, 2000 : Croissance et déséquilibres de l’économie mondiale " :

 En substance, l’analyse proposée dans ce rapport souligne que la situation économique mondiale demeure fragile même si les économies des pays les plus industrialisés ont continué à enregistrer une croissance soutenue et que les pays du sud-est asiatique ont pu amorcer une sortie de crise.

 En effet, l’ensemble des intervenants à ce débat, y compris les économistes invités à cette session du CCD, ont largement partagé ce constat en réaffirmant que l’économie mondiale n’est pas tout à fait à l’abri d’une crise semblable à celle qui a sévi récemment en Asie, en mettant en relief la dynamique du fonctionnement du marché financier international ; dominé par les pratiques spéculatives et la volatilité des capitaux à court terme. Cette fragilité est d’autant plus ressentie dans les pays en développement.